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FRANCE LE MONDE / SAMEDI 11 NOVEMBRE 2000 / 9
Michèle Alliot-Marie tente
de répondre aux critiques
sur sa gestion du RPR
La direction du parti est légèrement remaniée
ONZE MOIS après son élection
à la présidence du RPR, Michèle
Alliot-Marie a procédé, jeudi 9 no-
vembre, à un léger remaniement
de la direction du mouvement.
Annoncée depuis le début sep-
tembre, lors des universités d’été
des jeunes RPR, à Nice, cette
« restructuration » consiste surtout
en un resserrement de l’équipe na-
tionale. Le secrétaire général,
Adrien Gouteyron, reste en place,
de même que les conseillers de la
présidente, François Fillon et Pa-
trick Ollier, et le porte-parole, Pa-
trick Devedjian.
Présenté le jour de l’anniver-
saire de la mort du général de
Gaulle – parce que « le gaullisme
ne se résume pas à une époque » –,
ce remaniement témoigne cepen-
dant du malaise persistant dont
est victime le RPR. « Je dois le
constater, a affirmé M
me
Alliot-Ma-
rie, on me dit souvent, on vous dit
souvent et vous me dites souvent
qu’on ne nous entend pas. Il faut
donc une action plus forte et plus li-
sible ». En effet, le principal parti
de l’opposition est à la peine.
« PROPOSITIONS ALTERNATIVES »
La députée des Pyrénées-Atlan-
tiques est absorbée à tel point par
la gestion de l’appareil qu’elle s’in-
terroge sur la possibilité d’être
candidate à sa propre succession à
la mairie de Saint-Jean-de-Luz.
Son autorité est contestée au sein
même de la commission exécutive.
Les « éléphants » du mouvement
font mine de l’ignorer. Le groupe
RPR de l’Assemblée nationale,
que préside Jean-Louis Debré, se
pose ouvertement en concurrent
du parti. Les ambitions présiden-
tielles d’Alain Madelin et, surtout,
de François Bayrou ne favorisent
pas l’union de l’opposition.
Ainsi, l’accord RPR-UDF-DL
pour les investitures aux élections
municipales ne sera sans doute
pas conclu avant la fin novembre
et les militants, de plus en plus
nombreux, déplorent l’absence
d’un projet dans la perspective des
élections législatives.
« Il y a urgence à présenter des
propositions alternatives », a re-
connu la présidente du RPR. Jean-
François Copé, ancien député,
maire de Meaux, a ainsi été nom-
mé coordinateur au projet. Sous
l’appellation de délégué général, il
avait occupé les mêmes fonctions
lors de la campagne pour les élec-
tions législatives de 1997. Gérard
Larcher, sénateur des Yvelines, est
chargé par ailleurs des « nouvelles
relations sociales ». Ce sont là les
principaux changements.
Le « contre-gouvernement »,
dont M
me
Alliot-Marie avait fait
l’un des arguments de sa cam-
pagne pour la présidence et qu’on
n’a jamais entendu, est quant à lui
supprimé. Plusieurs de ses
membres ne travaillaient pas, pré-
férant se consacrer à la prépara-
tion des échéances électorales. Sur
le plan interne, le directeur de la
communication, Jérôme Peyrat,
qui a longtemps travaillé auprès
de Jacques Chirac, est promu di-
recteur du cabinet de M
me
Alliot-
Marie, lequel est par ailleurs ren-
forcé par l’arrivée de Jean-Fran-
çois Saglio, ancien directeur de
CEA Industrie et ancien collabora-
teur d’Edouard Balladur. Enfin,
après un an de recherche, le RPR a
trouvé un directeur des études en
la personne de Pierre-François
Mourier, ancien élève de l’Ecole
normale supérieure, agrégé de
lettres classiques et membre du
comité de rédaction de la revue
Esprit.
Jean-Louis Saux
Le RPR et l’UDF affichent
des comptes déficitaires en 1999
LA COMMISSION nationale des
comptes de campagne et des finan-
cements politiques (CCFP) a fait
publier, au Journal officiel du 9 no-
vembre, les comptes des partis po-
litiques au titre de l’exercice 1999.
C’est le sixième rapport de la
commission, depuis que la loi de
1995 a interdit le financement des
partis par les entreprises et les a
obligés, s’ils bénéficient de l’aide de
l’Etat ou recueillent des dons, à te-
nir une comptabilité et à déposer
leurs comptes chaque année. La
CCFP rappelle qu’elle ne dispose
d’aucun pouvoir d’investigation ou
de contrôle de ces documents mais
se borne à vérifier que les comptes
respectent les formes prévues par
la loi.
La dotation publique est au-
jourd’hui la principale ressource
des partis politiques représentés au
Parlement, puisque l’aide de l’Etat
est proportionnelle pour moitié au
nombre de parlementaires et pour
moitié au nombre de voix obtenues
au premier tour des législatives.
Cette aide publique a représenté,
en 1999, 83,2 % de l’ensemble des
ressources de Démocratie libérale,
77 % de celles du Parti radical de
gauche, 72 % de celles de l’UDF,
71,1 % de celles du RPR, 60,5 % de
celles du Front national, 56,85 % de
celles du Mouvement pour la
France, 56,57 % de celles du Mou-
vement des citoyens et 53,63 % de
celles du Parti socialiste.
« PRODUITS D’EXPLOITATION »
Les autres grandes formations se
situent en dessous de 50 % et tirent
donc plus de la moitié de leurs res-
sources des cotisations de leurs
adhérents, des contributions de
leurs élus et des produits de ma-
nifestations. C’est le cas des Verts
(49,48 % d’aide publique), du Parti
communiste (36,82 % d’aide pu-
blique, contre 10,17 % venant des
cotisations des adhérents et
36,28 % des contributions des élus).
Sur 10 millions de francs de re-
cettes, la Ligue communiste révolu-
tionnaire (LCR) ne reçoit que 7,8 %
d’aide publique, les « produits d’ex-
ploitation » représentant 45,5 % et
les cotisations 19,3 %. Lutte ou-
vrière (LO) est davantage aidée
(20,88 %) mais les cotisations font
presque jeu égal (20,44 %).
Pour la deuxième année consé-
cutive, les comptes 1999 traduisent
les conséquences du changement
de majorité intervenu en 1997. Le
PS a bénéficié de 159 millions de
francs d’aide publique et affiche un
excédent de 34,7 millions de francs
(37 millions d’excédent en 1998).
De même, le Parti radical de
gauche affiche un excédent de
4,3 millions de francs, les Verts de
4 millions et le Mouvement des
citoyens de 3,9 millions, tandis que
le Parti communiste est juste en
équilibre. LO est en excédent de
8,9 millions de francs et la Ligue
communiste révolutionnaire de
2,3 millions.
Les principaux partis de droite
sont dans une situation bien moins
confortable. C’est très vrai pour le
RPR , qui présente des comptes dé-
ficitaires de 7,4 millions de francs ;
engagé dans l’achat de son nou-
veau siège, le parti gaulliste précise
même que ses comptes « n’incluent
aucune provision destinée à couvrir
les dépenses des campagnes électo-
rales futures ». De même, le Ras-
semblement pour la France de
Charles Pasqua est en déficit de
5,4 millions et l’UDF de 5,2 mil-
lions. Quant au Front national, il
affiche un peu plus de 2 millions de
francs de déficit, le Mouvement na-
tional républicain de Bruno Mégret
étant nettement plus mal en point
avec un déficit de 10,3 millions de
francs.
Parmi les partis de droite, seuls
Démocratie libérale, avec un ex-
cédent de 12,1 millions, et le Mou-
vement pour la France (+ 2,3 mil-
lions) tirent leur épingle du jeu. Un
an avant les élections législatives,
cet état des lieux financier est ins-
tructif : il fait apparaître une diffi-
culté supplémentaire pour la plu-
part des partis de droite, les
formations de gauche étant mieux
armées pour aborder cette
échéance.
Michel Noblecourt
Jacques Chirac préserve sa neutralité
entre Jean Tiberi et Philippe Séguin
Les deux rivaux se disputent au sujet de la cérémonie d’hommage à de Gaulle
La journée du 9 novembre, marquée aux yeux
des gaullistes par le trentième anniversaire de
la mort du général de Gaulle, a été animée par
de nouvelles péripéties de la bataille pour la
Mairie de Paris. Présent avec Jacques Chirac à la
cérémonie de dévoilement d’une statue du gé-
néral, Jean Tiberi a reproché son absence à Phi-
lippe Séguin. Celui-ci a fait valoir qu’il n’avait
pas été invité par l’Hôtel de Ville.
BAGARRE autour d’un carton.
La journée de commémoration de
la mort de Charles de Gaulle, jeudi
9 novembre, a tourné à la querelle
de chiffonniers entre Jean Tiberi et
Philippe Séguin, les anciens
« compagnons » engagés dans la
course à la mairie de Paris. Le pré-
sident de la République, Jacques
Chirac, qui refuse de s’immiscer
dans les affaires municipales,
comme il le rappelle régulièrement
au grand dam de M. Tiberi, était
avec ce dernier sur les Champs-Ely-
sées pour l’inauguration d’une sta-
tue du général (Le Monde du 10 no-
vembre). Une heure après le
démarrage de la cérémonie, l’an-
cien président du RPR, M. Séguin,
présentait ses vingt têtes de listes
pour les municipales à Paris. Une
heure : de quoi laisser le temps à
certaines personnalités concernées,
comme Edouard Balladur et
Jacques Toubon, notamment, de
traverser la Seine pour le rejoindre,
rue Saint-Dominique, dans son QG
de campagne.
Las ! Ce ballet bien réglé, conclu
le soir par un « dîner républicain »
donné par M. Chirac à Vittel, dans
les Vosges, et auquel était invité le
député Séguin, a, malgré tout, dé-
rapé. Si le candidat officiel de la
droite à la Mairie de Paris n’a pas
assisté à la cérémonie des Champs-
Elysées, c’est qu’il n’y avait pas été
invité, affirmaient, le matin, ses
proches.
Sitôt de retour en son Hôtel de
Ville, son rival, M. Tiberi, entouré
d’une escouade de « compa-
gnons », parmi lesquels le pré-
sident du RPF, Charles Pasqua, s’en
prenait à M. Séguin. « Que dire de
l’attitude d’un ancien président du
mouvement gaulliste qui, en ce mo-
ment même, en est réduit à annon-
cer celles et ceux qu’il a choisis pour
tirer les listes dans les arrondisse-
ments ? », lançait le maire, qui
ajoutait, jubilant : « Quand les petits
arrangements, et les combinaisons
de personnes prennent le pas sur
notre histoire, il y a de quoi être in-
quiet pour l’avenir de notre socié-
té!»
Car M. Séguin avait bel et bien
été invité à la cérémonie des
Champs-Elysées, assurait l’Hôtel
de Ville, puissance invitante de
l’inauguration, comme le précisait
la présidence de la République. M.
Séguin devait donc répliquer en
marge du dîner offert à Vittel par
M. Chirac, à la veille du sommet
franco-allemand, dîner qui réunis-
sait, notamment, le président du
Sénat, Christian Poncelet, sénateur
des Vosges, le secrétaire d’Etat à
l’industrie, Christian Pierret, élu
(PS) de Saint-Dié, ainsi que le pré-
sident du conseil régional de Lor-
raine, Gérard Longuet (UDF).
« INÉLÉGANCE ET SECTARISME »
Fustigeant « l’inélégance et le sec-
tarisme » des hommes composant
l’entourage du maire de Paris, M.
Séguin a lancé : « Il va peut-être fal-
loir que ces gens s’en aillent. » Inter-
rogé sur son absence du matin, le
candidat, accusant « les officines de
l’Hôtel de Ville » de ne l’avoir pas
invité, a déclaré qu’il s’était «beau-
coup réjoui d’avoir retrouvé le pré-
sident de la République » à Vittel et
qu’il avait « d’autant plus regretté
de n’avoir pu l’entendre ». Aussitôt,
le capitaine de « l’officine » dénon-
cée par M. Séguin, le conseiller po-
litique et directeur général de la
communication de la Mairie de Pa-
ris, Jean-François Probst, transmet-
tait à la presse la photocopie de
l’invitation n°1006, adressé à Phi-
lippe Séguin et retournée par lui,
assurait M. Probst, avec une croix
dans la case « n’assistera pas »...
Même si l’exercice est difficile,
comme le démontrent ces péripé-
ties autour d’un carton, M. Séguin
essaie, tant bien que mal, de main-
tenir un cordon sanitaire entre lui
et le maire de Paris. Jeudi, à l’occa-
sion de la présentation de ses têtes
de liste pour mars 2001 (Le Monde
du 10 novembre), il a annoncé que
ses quatre candidats têtes de liste,
actuellement adjoints au maire de
Paris, lui avaient « fait savoir qu’ils
allaient remettre leur délégation au
maire ». Il s’agit de Nicole Catala,
tête de liste dans le 14
e
, Michel Bul-
té (19
e
), Didier Bariani (20
e
) et
Claude Annick-Tissot (11
e
). Cette
dernière, adjointe au maire, chargé
des personnels a, dès le 7 no-
vembre, en accord avec M. Séguin,
pris les devants et proposé, par
écrit, sa démission, au maire de Pa-
ris, qui ne lui a pas encore répondu.
Christine Garin
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